Inculquer

Inculquer /ɛ̃.kyl.ke/ transitif 1er groupe (conjugaison)

1. Imprimer fortement une chose dans l’esprit de quelqu’un à force de la répéter.
* Il faut lui inculquer cette vérité.
* Cette opinion est profondément inculquée dans leurs esprits.
* Les proverbes s’inculquent facilement dans la mémoire.

Traductions

* anglais : to inculcate (en)*, to drill (en)

… inculquer.

C’est comme enseigner, mais à un niveau à la fois plus simple et plus profond. Plus animal. Plus primaire.

Enseigner la survie, la vie sauvage, les techniques qui vont avec, c’est bien. Mais en situation réelle, on sait bien que les savoirs trop complexes, les techniques trop fines, s’évanouissent avec le stress, la fatigue, le froid, la déshydratation… et plus globalement ce que j’appelle pompeusement « l’effet chimpanzé ». Les techniques de survie apprises servent quand tout va bien. Et quand tout va mal, il nous reste celles qui nous ont été inculquées. Celles qu’on a apprises d’abord, puis qu’on a répété, répété, et répété. Celles qu’on a pratiqué sans relâche jusqu’à la perfection, jusqu’à ce qu’elles deviennent autant de gestes anodins qui nous semblent faire partie de nous depuis toujours. Si on ne peut pas le faire sans réfléchir, on ne peut pas le faire en situation d’urgence. Point à la ligne.

Mais comment fait-on pour inculquer… ? La pédagogie contemporaine nous sert des théories à rallonge sur l’apprentissage, mais s’éloigne (et tant mieux) de la répétition bête et abrutissante des écoles du passé. Certes, en répétant trois mille fois sa table du sept, pendant trois ans de suite, au primaire, on finissait par la savoir vraiment… mais est-ce qu’inculquer doit pousser les gens à l’ennui et à la dépression ?

Inculquer, c’est faire en sorte qu’un élève ait réellement, profondément et intimement intégré une notion, un savoir, une technique. Savoir est une chose. Maîtriser est encore mieux. Avoir intégré profondément et intimement est encore bien au-delà.

Prenons comme exemple une compétence relativement banale en apparence : allumer un feu. Tout le monde, ou presque, croit savoir le faire. Et de fait, beaucoup de gens y arrivent. Mais qui comprend réellement ce qu’il fait ? Qui sait comment optimiser l’allumage par temps de pluie, de neige ? Qui connait les essences d’arbre les meilleures pour faire démarrer un feu ? Qui sait réellement refendre son petit bois pour faire vite et bien de nombreux éclats ? Qui sait trouver du bois sec sous la pluie ? Qui sait comment regarder à travers la forêt pour trouver du bois sec sous la pluie ?

Si on pousse un peu l’analyse, on se rend compte, en fait, que « allumer un feu » est un geste simple, autour duquel gravitent d’innombrables micro-savoirs-faire qui sont simples eux aussi… mais qui mis bout à bout forment un ensemble de compétences inter-reliées, hautement interdépendantes, et donc forcément complexes.

Savoir allumer un feu, de fait, est un art qu’on peut parfaire à l’infini, en variant les méthodes, affinant les gestes, et en corsant la difficulté par l’emploi de bois humide, vert, pourri… ou simplement par des jeux de simulation (une seule main, les yeux fermés, avec le coeur qui bat à plus de 150 bpm, etc.)…

En tant qu’instructeur de survie, on me demande souvent une foule d’apprentissages, sans pour autant être conscient de l’importance de la profondeur, de l’épaisseur de ces apprentissages. On me demande d’enseigner un grand nombre de thèmes différents. Je préfère inculquer profondément les choses les plus utiles. Peu nombreuses, mais fondamentales.

Dans nos sociétés où on a l’habitude de zapper de manière transversale sans jamais rentrer en profondeur dans quoi que ce soit, ça fait tout drôle, parfois. Pourtant si je fais correctement mon boulot, je me dois de BIEN inculquer PEU de choses.

La répétition est un facteur clé. Le défi est de taille : comment faire répéter des choses aux gens sans qu’ils ne s’ennuient ? C’est très simple : par le jeu et la mise en situation. Et l’application répétée et implicite des compétences fondamentales dans des activités variées.

Regardez un boxeur… il travaille quoi, cinq techniques dans sa vie ? Jab, direct de la main arrière, crochet, uppercut, esquives et jeu de jambe… et il les travaille jusqu’à l’ultime intégration, l’ultime perfection. Vous avez déjà vu un bon boxeur travailler ? C’est hypnotique. Cinq gestes qui sont tellement bien inculqués, justement, qu’ils dégagent une impression de puissance et de perfection qui scotchent n’importe quel personne avertie. Mais pour ça il faut aller voir les détails. Il faut creuser. Il faut avoir pris le temps…

Quelqu’un, récemment, m’a dit une chose qui m’a fait réellement chaud au coeur alors qu’il me demandait de lui enseigner mon « art ». Il m’a dit « j’ai du temps ».

Pour des gens comme ça, j’en ai aussi.

David

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