Ceux sur qui on peut compter…

Oui, ça faisait longtemps :)  Moi aussi ça me fait plaisir de vous voir :)

Ca me manquait d’écrire ici, en fait.

Je vais vous la faire courte.  Début 2017 j’ai pris la plus grosse claque de ma vie. Pas que la claque en elle-même ait été si grosse (c’était même une super bonne chose au final : ça m’a permis de vraiment faire bouger des choses en moi). C’est surtout que cette claque a levé le voile sur toutes les autres claques que j’avais prises, pendant toute ma vie, et que je n’avais juste pas pris le temps de digérer. Comme si d’un coup j’avais ouvert le pot de pus de mes 0 à 42 ans. Que j’avais ouvert un placard en hauteur, et que j’avais pris sur le nez toutes les casseroles accumulées depuis toujours.  Et probablement celles des générations avant moi, vu le merdier.

Tôt ou tard, il faut s’en occuper, j’imagine. J’ai cru que j’avais fait le job, mais en fait non. J’avais rien vu. Donc voilà, bref. Je m’y suis collé.

Alors oui, j’ai fonctionné, j’ai écrit, j’ai fait des trucs, j’ai donné des stages, et tout ça. Oui. Mais j’ai aussi passé des nuits à gamberger, des semaines à me sentir seul, des secondes qui ont duré des siècles. J’ai appris que ce truc que je ressentais qui me donnait l’impression que j’allais mourir en permanence, ça s’appelait de l’angoisse. J’ai appris à gérer ça, puis j’ai appris à lâcher prise. Puis j’ai appris à lâcher un peu moins prise. Puis j’ai compris que j’avais aussi le droit d’être heureux. Bref, j’ai grandi. Dans la douleur, comme tout le monde.  Et je continue, mais maintenant ça fait moins mal.

Et de tout ça, je retire pas mal de leçons.  Une grosse leçon d’humilité, déjà. Et puis ce truc tout simple, que dans nos sociétés on a tendance à vraiment oublier : à quel point c’est précieux d’avoir des amis, des vrais. Des gens sur qui on peut compter.

On vit dans un monde assez étrange où on se retrouve déracinés. On prive nos corps du froid, de la faim, de la soif, de l’effort physique, de la bagarre et du stress. Et on prive nos âmes de ce qui fait, au final, de nous des humains avant tout : notre tribu. Nos pairs. Ces gens avec qui on peut avoir moins froid en hiver, et moins peur la nuit. Ces gens sur qui on peut compter quand un tigre à dents de sabre attrape un de nos gamins et l’emmène dans le noir. Ces gens avec qui on va courir derrière le gros chat, le défoncer avec des cailloux, et récupérer le petit. Et le soigner ensuite.

De nos jours, on vit des problèmes abstraits, et on est en concurrence les uns avec les autres pour des conneries qui ne parlent pas à qui nous sommes, fondamentalement. Ni animalement, ni spirituellement.  Et ces moments de la vie où on en chie vraiment très fort sont précieux aussi pour un chose : ils permettent de voir sur qui, vraiment, on peut compter.  Et j’ai été surpris de voir que ça n’a pas été forcément ceux que j’imaginais.

Y’a eu, en tout premier, Flavia, qui m’a pris entre 4 yeux sur le chat et qui m’a expliqué ce qui m’arrivait. Je la connaissais même pas. Je l’ai jamais vue en vrai. Et puis d’un coup, venue de nulle part, elle m’a dit pile poil ces trucs que j’avais besoin d’entendre pour avancer, à ce moment là. Sans dec, je peux pas repenser à ça sans avoir les larmes qui viennent. De gratitude. Ouais. Merci mamounette, j’te kifferai toujours :)

Puis, y’a eu mon voisin. Le mec qui, sans réfléchir, te voit débarquer dans le quartier, te voit galérer, et qui dit « Salut, moi c’est Fabrice, si t’as besoin de bois en attendant que le tien arrive, tu te sers hein ! »…  et là tu te retournes, tu transpires des yeux discrètement…  parce que ouais. En chier, c’est une chose, mais en chier en se pelant le cul, c’est largement pire. Et le mec, en une phrase, il te fait sentir moins seul, et il te dit que t’auras pas besoin d’avoir froid pendant 10 jours. Pffff.

Puis y’a eu tout plein de gens qui m’ont envoyé des messages d’encouragement.  Je m’y attendais pas. Vraiment pas. Pas autant, et surtout pas comme ça, gratuitement.

Puis y’a eu Cepo et Valentine, ce jour d’été où j’étais au fond du trou, qui ont mis leur vie sur « pause » pendant deux heures pour me parler au téléphone.  Et qui m’ont dit, outre le contenu du message, en faisant ça : « tu comptes pour nous, tu existes, on veut que tu ailles bien »…

Et tous les autres, que je ne nomme pas, mais à qui je pense très fort. Je vous adore.

Y’a Harvard, grande université américaine, qui a fait une étude de très longue durée sur la vie de ses diplômés (puis de leurs conjoints, puis de plein d’autres gens).  Ils ont mesuré, pesé, écouté, testé, et questionné tous ces gens là. Et ils ont vu qui était en forme, qui ne l’était pas. Qui vivait vieux, qui vivait bien, qui vivait mal, qui survivait à son cancer et qui en crevait…  Bref, ils ont vu comment ils allaient.  Pendant longtemps. Et de TOUS les facteurs, allant de l’alimentation à l’exercice physique, en passant par les revenus, la couleur de la peau, la religion et TOUT, un seul et unique facteur comme étant THE truc le plus important pour bien vivre, être en bonne santé, être résilient, être adaptable, vivre vieux et être heureux.  Vous savez ce que c’est ?

Le fait de faire partie d’un groupe fiable, d’avoir une tribu où existent des liens sains, stables, fiables, et bienveillants.

Ca a pas besoin d’être parfait.  Ca l’est jamais. Mais de savoir qu’on peut compter sur la présence et le soutien d’un groupe de gens, ça change tout, pour le petit primate ultra-intelligent que nous sommes.  Que ça soit une famille, un groupe de combat, des collègues, des amis, peu importe. Mais on a besoin de ça.

(Alors oui, l’étude identifie en tout 4 facteurs majeurs, qui au final reviennent quasiment toutes à la même chose…  pour ceux qui veulent en savoir plus, c’est ici : https://ideas.ted.com/4-lessons-from-the-longest-running-study-on-happiness/)

Alors oui, y’a des gens qui se suffisent à eux-mêmes. Y’a des yogis dans l’Himalaya qui restent seuls pendant des années, plongés dans l’union totale avec le divin, et qui s’en portent très bien. Mais pour les gens normaux, et même ceux qui sont sur un chemin spirituel, le groupe, et le groupe sain, sont un besoin. Un vrai.

Et oui, on peut s’en sortir tout seul, au final, ou en tout cas assez pour aller tendre la main à des gens bienveillants ensuite. On peut s’accrocher des années, faut rien lâcher. Mais c’est pas un état normal pour nous. Et on n’est pas obligés de rechercher l’autarcie totale en nous-mêmes.  C’est juste pas possible, ça. Sauf peut-être pour les chercheurs spirituels exceptionnels.

Alors là, tout de suite, je vous propose un truc. Vous voyez, un peu, ces gens sur qui vous savez que vous pouvez compter ? Il y en a peut être un ou deux, ou plus. Ou pas, ça arrive. Mais ceux qui savent qu’ils peuvent compter sur quelqu’un, vous allez me faire plaisir, et vous allez faire un truc.

Vous allez contacter cette personne, de la même manière que d’habitude, un petit SMS, un message sur Facebook, un coup de fil, peu importe. Et vous allez lui dire, en substance « merci, j’apprécie vraiment de sentir que je peux compter sur toi »…  et vous allez juste leur rappeler qu’ils peuvent aussi compter sur vous.  Pas de pipeau hein. Si vous dites ça, vous assurez autant que possible, ensuite !  Ok ? :)

Et ceux qui n’ont personne (ou qui pensent n’avoir personne, parce qu’en fait vous seriez sûrement surpris), je vous propose de faire l’expérience inversée, et gratuite. Vous allez simplement réfléchir à un geste bienveillant totalement désintéressé que vous pouvez faire pour quelqu’un ou quelque chose, et vous allez le faire.  Et vous allez sentir ce que ça vous fait. Ramasser un papier par terre et le mettre à la poubelle, c’est déjà un début. Ou juste dire un vrai bonjour à la boulangère. On juste acheter trois boîtes de conserves pour la banque alimentaire qui squatte votre supermarché.

Peu importe. Juste, faites un truc, et voyez comment vous vous sentez. N’attendez rien en retour. Faites le parce que c’est beau, que c’est juste, que c’est bien. Et sentez. Sentez comme ça vous connecte. Et si ça vous dit, recommencez.

Si on vous demande pourquoi vous faites ça, vous aurez qu’à dire que c’est la meilleure manière de changer le monde. De revenir à un truc simple et qui a fait ses preuves.

Des bisous ;)