Débugger la culture occidentale – épisode 2

Lors du dernier épisode, je vous parlais du rôle de la culture dans nos sociétés, et je faisais un parallèle entre elle et les systèmes d’exploitation de nos ordinateurs.  Je blablatais aussi un peu au sujet de l’opérateur logique « et », qui mérite plus de place dans nos têtes et dans nos habitudes logiques.

Aujourd’hui, seconde session de hacking culturel avec un autre énormissime bug dans notre manière d’appréhender le monde et les humains, et qui mérite un correctif pour permettre à plein de choses de mieux fonctionner.

Il est urgent de comprendre que les gens n’ont généralement pas vraiment d’intention (du tout) au moment où ils font de la merde.

Eh non.

Je suis toujours stupéfait quand je vois des parents qui engueulent leurs enfants en leur demandant sans arrêt « POURQUOI ».  « Pourquoi t’as fait ça ? »…  comme si dans leur tête un plan machiavélique avait germé, et qu’ils avaient sciemment décidé de faire un truc méchant dans un objectif de nuisance précis…

Le fait est que les enfants, tout comme les adultes d’ailleurs, n’ont généralement pas d’intention claire quand ils posent des actes.  Dans nos têtes, une intention claire, une volonté explicite, calculée et délibérée est, en réalité, plutôt rare.  Et il est beaucoup plus fréquent de faire des trucs en répondant sans trop y prêter d’attention à des stimuli internes ou externes.  Ces stimuli activent des réseaux de neurones qui sont couplés à des comportements donnés.  Et on agit.

Ah mais il est en train de nous traiter de cons en fait ?

Pas du tout :)  Et je suis le premier concerné par le phénomène.  Voici comment ça marche.

Notre cerveau est une machine d’une complexité incroyable.  Et comme toutes les machines complexes, elle est faite de plusieurs sous-systèmes et de plusieurs strates qui traitent et gèrent les données de manière parallèle et décentralisée.  Si un seul centre traitant toutes les informations devait harmoniser tout ça quelque part dans notre cerveau, nous aurions probablement une tête tellement énorme qu’il serait impossible de se déplacer.  Le rapport incroyable « intelligence / volume »  de notre cerveau est en réalité permis par cette organisation massivement parallèle et très décentralisée.  C’est un système imparfait, mais c’est le plus performant qu’on aie, vu la taille limitée de notre boîte crânienne.  

On sait également depuis un moment  que notre conscience est un phénomène qui émerge de la complexité de ce cerveau là.  Il ne semble pas exister de siège de la conscience dans notre cerveau.  Il n’y a pas une « aire de la conscience » dans notre tête.  Au contraire, notre conscience est faite de l’interaction de plein de zones du cerveau qui travaillent en parallèle et sans qu’un chef d’orchestre ne vienne diriger le tout.  En clair notre conscience est simplement le résultat d’un débat neurologique complètement chaotique, basé exclusivement sur les rapports de force entre les intensités de signal électrique…  Dans notre tête, c’est le sous-système qui gueule le plus fort qui a raison, en quelque sorte :)

Fascinant non ?

Résultat des courses, avec cette manière nouvelle de comprendre le cerveau et nos perceptions, on comprend mieux certains phénomènes.  On voit bien, par exemple, que si on a des dommages sur certaines zones précises du cerveau, on subit des troubles de la conscience absolument fascinants et farfelus.  Certaines personnes, suite à des avc par exemple, ne peuvent pas compter ou nommer les objets ou les gens qui se trouvent sur leur gauche, même s’ils peuvent les voir.  Dans d’autres cas, on ne sait plus situer les choses dans l’espace, mais on peut encore situer les gens, etc, etc.  

Notre pensée consciente, en fait, représente une infime partie des échanges neurologiques dans nos cerveaux.  Tout le reste a lieu « sans nous », sous la surface.  Et là on retrouve un concept freudien et une belle intuition du vieux barbu : l’inconscient.  

Nos neurones, de manière très riche et très complexe, trient, pré-mâchent, filtrent, catégorisent… infuencés par la conscience, par nos tâches, par notre état physiologique du moment, ils poussent ou retiennent certains influx nerveux, et organisent les informations pour qu’elles nous soient UTILES dans ce qu’on souhaite faire.

Une petite expérience pour illustrer…  Comptez les passes que se font les joueurs en blanc dans la vidéo.  Puis continuez à regarder… ;)

Et donc, tout ça pour dire que l’immense majorité de nos comportements, de nos gestes, de nos pensées, de nos paroles émergent de notre système neurologique comme des bulles dans une marmite.  Et plusieurs d’entre eux ne passent même pas par la partie consciente de notre système nerveux.  Quand au milieu d’un film on se lève pour aller faire pipi, puis qu’on passe par la cuisine et qu’on se prend un bout de fromage…  tout ça est lié à des états physiologiques et à des phénomènes psychologiques donnés, mais est-ce qu’on réfléchit dans le détail à quand on va y aller ?  Est-ce que la manière dont on tourne la tête est planifiée ?  Spontanément on prendra plutôt un bout de gâteau qu’un bout de fromage d’ailleurs, mais on s’interceptera et on se dira que le fromage c’est moins pire, etc.  Et tous ces comportements, activés par des stimuli internes ou externes, sont laissés passés ou pas par des circuits neurologiques qu’on appelle des inhibiteurs.

On retrouve là, dans une approche plus neuro-scientifique, la vieille intuition Freudienne du ça et du surmoi…  avec le blabla en moins.

Bien.

Maintenant, la France, en tant que nation, est issue d’une culture judéo-chrétienne.  Et même si nos institutions sont laïques, elles sont malgré tout construites sur des bases culturelles qui ont été fortement teintées par la religion Catholique.  Et dans ce genre de système culturel, le « péché », bien plus que l’acte lui-même, naît dans l’intention qu’on peut avoir de nuire.  De même, dans ce genre de système, on considère par tradition que les aveux sont une forme, en quelque sorte, de confession…  et que c’est le premier pas indispensable à l’absolution.  Et ainsi, dans le code criminel, un peu partout en Occident et dans les pays de culture chrétienne, on obtient facilement des peines moins lourdes si on plaide coupable…  parce que « faute avouée à moitié pardonnée ».  Parce que quelqu’un qui avoue son crime est réputé être doté d’intentions moins maléfiques que quelqu’un qui, en plus, nie et ment jusqu’au bout.

Dans les tribunaux, en France, on analyse les faits et leurs conséquences, bien sûr, mais seulement pour estimer le préjudice ou presque.  Et c’est bien plus l’intention de la personne mise en examen qu’on va juger, disséquer.  Et la violence psychologique énorme que vivent les personnes accusées à tort vient bien de là.  Le procureur les dépeint comme des êtres calculateurs, machiavéliques, qui ont planifié les moindres détails de la mise en application de leur plan maléfique…  on charge, charge, charge en faisant tout pour prouver non pas seulement la faute, le crime, le préjudice mais bien l’intention…

Or, même dans le cas des personnes qui ont réellement commis des crimes, l’intention réelle, pleinement consciente, calculée et entière n’existe pas.  Simplement, il n’y a pas eu interception, à un instant T, d’un comportement nuisible à autrui de la part des inhibiteurs.  Et cette « non-inhibition » peut s’expliquer de plein de manières, de l’absence totale d’empathie ou de cadre éthique à la simple inconscience du fait que cet acte pouvait faire du mal à quelqu’un.

Seuls les psychopathes construits psychiquement sur une structure perverse sont, en fait, capables de poser sciemment et consciemment un acte faisant du mal à autrui en sachant pourquoi ils le font.  Et cette motivation est simple : ça leur fait viscéralement plaisir.  Et dans ces cas là, notre système judiciaire est largement trop laxiste et trop mou.  Je pense en effet que la seule et unique solution curative pour ce genre de personnes est le décès, naturel ou « facilité ».  Par crainte d’une erreur de diagnostique, je recommanderais plutôt la réclusion à perpétuité, dans des centres spécialisés où ils ne pourront pas avoir de contacts avec des gens amenés à ressortir…  mais après on va me soupçonner d’être un méchant garçon de droite (ce qui est faux, je n’ai aucune affinité politique, ni avec la gauche, ni avec la droite, ni avec le centre, ni avec les extrêmes…  ma position politique serait « au-dessus » je pense…)

Mais je m’égare.  Hop.  Réactivation des inhibiteurs.  On se recentre :)

La morale de mon histoire, tout simplement, est que les gens ont rarement des intentions structurées, pleinement conscientes, et que plutôt que de chercher à comprendre POURQUOI les gens font ce qu’ils font, il est plus utile de chercher à comprendre COMMENT ils en sont arrivés à faire telle ou telle chose.  Et en comprenant les mécanismes, encore une fois, on arrive généralement mieux à faire changer les comportements.

D’autant que les gens, sauf cas pathologique rare, s’adaptent à leur environnement d’une manière absolument incroyable, au point de pouvoir changer complètement de personnalité en fonction du contexte.  Ca sera d’ailleurs l’objet d’un prochain épisode de la série « débugger la culture Occidentale » : la nature des gens…  mythe ou réalité ? ;)

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