Inutile de combattre… il faut construire.

Quand on a plus de 1600 amis sur Facebook, assez vite on voit son fil d’actualité devenir un petit laboratoire sympa de l’ambiance d’une société.  Bien mieux que tous les grands médias, bien plus vite que les fils de presse, bien plus finement que ce qu’on peut imaginer, on a accès à cet espèce de bruit de fond, de murmure de la foule, avec de temps en temps un cri, de temps en temps un coup de gueule…  et des tendances.

Fin 2013, début 2014, j’ai assisté un peu horrifié à l’émergence de plusieurs tendances nettes, qui sont présentes depuis 5 ou 10 ans mais qui s’amplifient, se précisent, se combinent pour devenir des courants.  Et actuellement j’en identifie trois, très précises.

  1. les gens en ont plein le cul.  Marre d’être les seuls à payer, les seuls à trimmer, les seuls à ne pas pouvoir se défendre face aux agressions diverses (incivilités, insécurité, affaire du bijoutier de Nice…), les seuls à être réglos devant des élites et des politiques de plus en plus pathétiques, de plus en plus malhonnêtes, de plus en plus incohérents.  L’ère Sarkozy voyait son lot de critiques et de coups de gueule, mais depuis l’arrivée au pouvoir du PS, on assiste à une série noire de scandales, de réponses inadaptées, de hausses d’impôts et de taxes qui, sur fond de crise sociale et économique, commencent réellement à pousser tout le monde à bout.  Les mots « ras le bol » sont de plus en plus présents.  Au point que les racontards les plus farfelus sont désormais relayés sans états d’âme, puisque considérés comme crédibles.  Certaines dates refont surface : « 1789… « 
  2. les gens cherchent une solution centralisée, unique, et politique à des problèmes systémiques étendus.  Ne comprenant pas forcément la complexité des phénomènes socio-économiques, les propriétés émergeant des grands systèmes et de leur complexité, ils ont l’impression lancinante que « certains » organisent toute la crise pour en tirer profit…  et on rejoue un vieux scénario des années 30 avec le « sionnisme » qui retrouve sa place de bouc émissaire, dans une analyse plus ou moins cohérente mais surtout désespérée de trouver des solutions à toute ces crises.  Certains « comiques » et certains « intellectuels » (ils me pardonneront les guillemets…  ils sont à l’humour et à la réflexion politique ce que je suis au badminton ou à la danse classique : lourds, pas doués, visiblement pas entraînés, mais très déterminés sans doute).  Les théories complotistes, l’antisémitisme, le sexisme et les discours moralisateurs de base (notamment une incroyable remontée des envolées lyriques homophobes) ont actuellement le vent en poupe.  Je « vire » actuellement en moyenne 3-5 « amis » facebook par pur ras le bol de lire leurs commentaires ou posts haineux.  Et malgré ce grand ménage perpétuel, des gens qui jusque là étaient modérés explosent et basculent dans la haine chaque jour.  C’est comme une maladie qui se répand.  Elle se répand vite.  Elle est en train de poser les bases idéologiques nécessaires aux pires horreurs.  Et les réponses violentes et inadaptées de notre ministre de l’Interieur, censurant d’un côté, frappant ses officiers supérieurs d’injonctions paradoxales (dites nous tout, mais pas ce que nous ne voulons pas entendre) ne font que renforcer les craintes et la grogne du peuple.  Ce qui crédibilise, bien entendu, les théories les plus brunes…
  3. les gens cherchent à récupérer du contrôle sur leur vie…  par tous les moyens.  Ils en ont marre de subir, marre d’attendre, marre d’espérer.  Ils veulent avancer.  Ils veulent du concret.  Ils veulent faire des choses.  Quelque part, le constat est simple.  Le contrat social qui consistait, schématiquement, à troquer sa liberté (d’entreprendre sans trop de taxes, de s’armer, de se défendre, de penser différemment, etc.) contre des services publics performants étant de moins en moins crédible pour le peuple, les gens veulent récupérer leurs billes : entreprendre librement, se défendre librement, parler et penser librement, et ne plus gober les discours officiels qu’ils considèrent comme étant mensongers et manipulateurs.  Et donc les gens réapprennent la permaculture, le bricolage, les médecines alternatives…  ils mettent leurs enfants dans des écoles Montessori.  Ils veulent du concret et du pragmatique.  No more bullshit

Il est toujours extrêmement prétentieux et risqué de faire de la prospective.  Mais j’en viens à la conclusion que nous sommes à un embranchement sérieux de l’histoire de ce pays…  voire de la civilisation Occidentale (on assiste en effet à des phénomènes assez similaires un peu partout en Occident).  Le renversement du pouvoir de diffusion permis par Internet y est sans doute pour quelque chose (et l’impression 3D rajoutera l’insulte à l’injure en permettant bientôt aux gens de produire divers objets chez eux très facilement)…  rendant les frontières poreuses à l’information, à la culture, à la réflexion, et aux théories fumeuses aussi.  Seuls quelques grands blocs linguistiques se découpent encore dans le paysage mondial.  Et les grandes civilisations de l’antiquité retrouvent les frontières floues de leurs nébuleuses culturelles : Chine, Russie, Inde, monde Arabe…  et l’Occident, uni pour le moment par la langue anglaise et une culture de rationalité, d’humanisme et de démocratie…  Pendant tout ce temps, l’Etat Nation, en tant que concept politique, se révèle de plus en plus cisaillé entre les pressions du commerce international, et l’émergence de localismes dans lesquels se reconnaissent de plus en plus de gens, qui cherchent des solutions concrètes à leurs problèmes tout en préservant leurs valeurs et leur identité culturelle.

Coincés entre l’arbre et l’écorce, nos gouvernements luttent actuellement pour leur propre survie.  La caste politique, de plus en plus malmenée et perdant de plus en plus en crédibilité, sera, je le crains, dissoute dans une redistribution des pouvoirs qui s’étalera sur quelques décennies.  Et on verra, je le crains aussi, des tentatives intenses et peut être violentes de résistance de leur part.  Et en attendant leur dissolution qui me semble de plus en plus inévitable, les soubresauts nationalistes, identitaires seront nombreux.  Et les niches écologiques pour les marchés du service au public seront âprement disputés.

Bon et donc quoi ?

La conclusion, pour moi, s’impose d’elle même…  il devient de plus en plus justifiable et possible de créer localement des solutions qui rendront possible une vie paisible et heureuse de manière relativement indépendante des grands systèmes nationaux.  Sans rupture brutale, sans même devoir tomber dans l’illégalité, il devient de plus en plus réaliste de :

  • faire son potager (permaculture, agriculture bio, traction animale, etc.) ;
  • réapprendre à prévenir les maladies et à se soigner localement (la médecine restera irremplaçable pour les gros problèmes, mais tellement de prévention peut se faire, et tellement d’alternatives efficaces existent) ;
  • réapprendre à bricoler, réparer, réutiliser…
  • réapprendre à s’entraider, tisser du lien de proximité avec les gens qui en valent la peine, et créer des réseaux d’entraide et d’échange d’informations larges grâce au net…
  • réapprendre à se défendre, aussi…  individuellement et, en accord avec les autorités, collectivement (le service militaire avait au moins ça de bon…  les hommes apprenaient à faire la guerre dans un cadre légal clair).
  • bref…  commencer à construire tranquillement un système à côté du système actuel avant qu’il ne soit dissout (en tout ou en partie).  Un système souple et léger, réaliste et ancré dans des objectifs de survie à long terme qui sera là pour maintenir les humains en vie, sereinement, malgré les soubresauts qui risquent d’arriver à moyen terme.

Je ne crois pas en l’effondrement du système…  je ne crois pas que tout va sombrer dans le chaos, je ne crois pas que l’avenir est sombre.  Je crois plutôt que les prochaines décennies vont être des décennies où nous verront beaucoup de changement dans nos institutions…  et soit on arrivera à concilier les besoins locaux et globaux, l’identité et la technologie, la tradition et la modernité…  soit nous nous confronterons de plus en plus à ces tensions que nous ressentons actuellement cruellement.

La tête dans les étoiles et les pieds sur terre…  ;)

Maintenant, il est fort possible que je me trompe…  il est fort possible que je sois complètement à côté de la plaque.  Auquel cas j’aurai appris plein de trucs qui resteront compatibles avec l’Etat Nation tel qu’on le connaît actuellement…  et qui me permettront de vivre une vie sereine, pleine, riche, et saine.

Il est excessivement facile de fédérer les gens CONTRE quelque chose.  Tout le monde s’entend généralement bien pour rejeter les choses qui ne vont pas.  Toute la difficulté réside dans le fait de fédérer les gens dans un projet commun concret et cohérent.  Dans ce domaine, l’expérience me semble démontrer que les difficultés, les frictions et les glissements deviennent de plus en plus fréquents au fur et à mesure de la croissance des systèmes.  Aussi, je crois que les petits groupes locaux, reliés entre eux de manière informelle, avec juste assez de règles pour assurer la cohérence de l’ensembe seront une bonne hypothèse à tester.

You may say I’m a dreamer… ;)

Mes deux balles ;)

David

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1 pensée sur “Inutile de combattre… il faut construire.”

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