La connerie ne se soigne (malheureusement) pas à coup de baffes…

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Les réseaux sociaux et la distance aidant, je vois de plus en plus de gens qui recommandent (à moitié sérieusement, et souvent pour se défouler un coup) de soigner la connerie à coups de baffes.

Je ne vais jeter la pierre à personne, hein.  On vit une époque un peu merdique où plein de connards circulent librement, et sont globalement en vie simplement parce qu’il est illégal de les tuer.  Mais j’aimerais néanmoins attirer votre attention sur un truc : pendant ma « carrière » de videur (je faisais ça pour financer mes études d’anthropologie et mes soirées de beuveries entre idéalistes), j’ai pu constater que même si c’est assez satisfaisant de se donner l’impression toute puissante de faire de l’éducation populaire à coup de pains dans le museau…  ça ne marche pas.

Eh oui, quelle déception ça a été, pour moi, de me rendre compte de ça.  Vous imaginez…  Tout ce talent pédagogique gâché.  Toute cette puissance de frappe, subitement inutile… ;)

En clair : tu ne répares pas 20-25-30 ans d’éducation de merde, de traumatismes de la petite enfance, de choix de vie pourris et de maltraitance en mettant des [insérer ici votre méthode favorite] à quelqu’un.

Déjà, quand la personne formule une demande à un thérapeute et souhaite vraiment évoluer, 7 fois sur 10 la démarche se heurte à des résistances telles (en elle, dans son entourage, etc.) que ça échoue. Alors le mec qui t’a rien demandé, et à qui tu viens en coller une pour l’éduquer et changer ses comportements, franchement… bon.

Alors qu’est-ce qui fonctionne ?  Comment on peut changer le monde ?  Comment on peut faire en sorte que ça tourne moins mal ?

Je n’ai pas de réponses toutes faites, hein.  Mais quelques pistes :

Déjà, prendre soin de nos gamins.  C’est con, je sais, mais en fait la plupart des connards qu’on croise et qui nous font chier aujourd’hui ont eux-même été élevés par des connards.  Ou abandonnés par des connards et élevés par d’autres.  Bref, les gamins ont besoin d’amour, de cohérence, de cadre bienveillant, et de limites posées clairement et régulièrement.  Et non, une baffe n’est pas qu’une limite.  Une baffe est une limite qui fait mal et qui fout la haine de soi-même et des autres.  Les enfants ont besoin de comprendre pourquoi on ne peut pas cogner sur qui on veut ou jeter ses poubelles n’importe où…  Ils ont besoin de la certitude que nous serons toujours bienveillant avec eux : pas complaisants, pas maltraitants.  Bienveillants.  Et ils vont reproduire ce qu’on fait et qui on est, bien plus que tout le blabla qu’on envoie.

Avant d’élever ses gamins, s’élever soi-même.  Ouais je sais.  On pense tous être « moins pire que la moyenne des parents » mais en fait, franchement, je pense que la première chose à faire quand on veut rendre des gamins autonomes, libres et heureux, c’est de leur montrer l’exemple en étant nous-mêmes autonomes, libres et heureux.  De nous regarder honnêtement fonctionner, et de nous poser honnêtement les vraies questions.  Et parfois, les réponses picotent un peu.  C’est sûr, l’introspection honnête, c’est moins cool que de cogner sur des blaireaux hein.  Ca demande un vrai effort, une vraie souffrance, et du vrai courage, en fait…  puis après subitement on voit le soleil pour de vrai, sans le petit voile de lâcheté et d’arrangements faciles avec le réel.  C’est plus joli.  C’est pas mal ;)

Favoriser les rapports de coopération partout où on peut.  Ce qui fout la merde, depuis toujours, dans les civilisations, organisations, groupes, c’est quand des individus arrêtent de coopérer avec le groupe, et se mettent à jouer perso.  Certains groupes, ayant des règles de fonctionnement glissantes ou incohérentes, font que les individus perdent confiance.  Cette confiance de base est indispensable pour que les rapports de coopération soient sains, et qu’ils profitent à tous.  Sans cette confiance, les gens « retirent leurs billes ».  Il est important de comprendre cette dynamique…  et de favoriser la coopération tant qu’on le peut et où on le peut.  Car les groupes « sains » ont un effet extrêmement bénéfique sur leurs membres, et sur le monde ;)

Apparté : ces histoires de coopération et de groupes sains sont mon prochain gros sujet de recherche…  Comment favoriser cette coopération ?  Comment la protéger ?  Comment la développer ?  Comment l’entretenir ?  L’assainir ?  Bref, comment coopérer mieux.  Beaucoup de beau boulot a été fait sur ce vaste sujet déjà, en sciences sociales, en psycho, et dans plein de domaines moins « peace and love » comme dans le monde militaire ou celui du management.

Bref, pour résumer, non, cogner sur les blaireaux n’a malheureusement pas de vrai effet thérapeutique sur la connerie humaine.  J’ai bien exploré le sujet hein.  J’ai testé avec les baffes, les coudes, la tête, les genoux…  ça ne marche pas.  Ca rend juste le blaireau en question moins hostile à notre endroit (et encore, c’est un peu quitte ou double) parce qu’il a peur.

… mais il continuera à cogner sur ses gamins, à hurler sur ses subalternes, à être malveillant dès qu’il le pourra envers qui ne lui fera pas peur.  Voire un peu plus, parce qu’il aura un égo blessé à dorloter.  Bref, la connerie, ça se prévient mieux que ça ne se soigne.  Donc la solution se trouve dans la génération que nous sommes en train de voir grandir aujourd’hui, et de qui nous sommes responsables.

(Ceci dit c’est dommage. Parce que si ça fonctionnait, putain, y’en a, je me ferais un immense plaisir de les faire travailler sur eux-mêmes… ;))

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1 pensée sur “La connerie ne se soigne (malheureusement) pas à coup de baffes…”

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