Lettre ouverte à cette gentille dame qui a visiblement eu une mauvaise journée…

JeSuisVenuEnPaix

Je suis venu en paix :)

Je vais vous épargner l’essentiel des détails (sic !).  Mais une petite mise en contexte d’impose, pour poser la réflexion :

Je suis au volant, je suis sur la file de gauche.  C’est assez dense sur la file de droite et je dois me démerder pour me faufiler pour prendre une bretelle qui se trouve à 400m.  Et évidemment malgré le clignotant et les tentatives de communication par la trajectoire de ma voiture, tout le monde fait la sourde oreille et referme les interstices.  Du coup je suis comme un con sur ma file de gauche avec mon clignotant.

Bon.  Jusque là, que des emmerdes normales, me direz vous.

Et là y’a madame « oh tu bouges ton cul » qui se pointe derrière moi et qui met un grand et long coup de klaxon.  On sent le truc libératoire.  La catharsis de l’avertisseur.  Limite je pose une grosse pêche trop longtemps contenue.

Quand on m’interpelle violemment comme ça — et oui je suis un peu vieux jeu — mon premier réflexe est de faire un petit examen de conscience pour voir si, par mégarde, j’aurais pas fait une grosse connerie.  Pour le coup j’ai beau chercher, je vois pas trop.  J’ai, en fait, juste ralenti à la vitesse maximale autorisée (la moyenne du trafic étant 20 km/h au-dessus) et je cherche un trou dans la file quoi.  Depuis allez…  10 secondes.

Pendant que je me demande quelle connerie j’ai faite tout en continuant à chercher à libérer la place, madame remet un coup d’appel de phares, et encore un coup de klaxon.  Et elle fait mine d’emboutir ma bagnole et freine au dernier moment.  J’accélère un coup, de peur qu’elle provoque un accident.  Au final je loupe ma sortie — vu qu’apparemment c’est le plus con qui a raison — et arrivé un peu plus loin je me range sur la file de droite pour la laisser passer. Et là elle remet en me doublant façon Mario Andretti un grand coup de klaxon, et me sort un beau majeur bien énervé au passage, du côté conducteur.

Forcément, j’avoue, ça m’a un peu gonflé.  Et ça m’a fait réfléchir, pendant les 20 minutes perdues à reprendre mon chemin à cause du détour choisi pour éviter l’accident.

La première réflexion, c’est que je suis un mec vraiment zen.  Et heureusement pour elle… :)  La seconde, c’est une réflexion plus large sur ce qui fait que je suis un mec zen.

C’est vrai.  Pourquoi je n’ai pas tout simplement décidé de la suivre jusque chez elle pour lui faire payer son insolence et lui donner une leçon ?

A vrai dire c’est simple.  Même si j’ai techniquement et physiquement les moyens de faire subir aux gens les pires atrocités, en réalité j’ai intégré un cadre éthique.  Ce cadre éthique repose sur une règle simple, qui veut qu’on vive ensemble en respectant tous des codes et des règles qui évitent qu’on doive être le plus fort pour faire valoir ses droits.  En gros, tout le monde fait globalement attention à tout le monde, ce qui évite qu’on se mette sans arrêt sur la gueule pour avoir ce dont on a besoin.

Concrètement, du coup, cette histoire de voiture c’est l’histoire d’un mec qui a les moyens d’être grosso modo le roi du pétrole dans un contexte où la loi du plus fort s’appliquerait, qui (mammifèrement parlant) s’écrase devant quelqu’un qui a tout intérêt à ce que les règles de respect mutuel soient respectées…

Alors voilà.  Suite à cette « agression » symbolique, j’ai juste envie de rappeler aux gens à quel point l’ensemble des règles qui nous lient entre nous — et qui préviennent qu’on règle ce genre de différends à coups de barre de fer ou de kalash — sont précieuses.

Je pense qu’à force d’avoir trop grandi dans un cocon de ouate parfumé, beaucoup trop de gens ont tendance à oublier « comment ça pourrait être ».  Je pense qu’à force de ne pas avoir vu de pays en guerre, de gens s’entretuer, d’humains mutilés et marqués sur plusieurs générations parfois…  les gens ont tendance à oublier à quel point ce qu’on a, là, est fragile et important à préserver.

A chaque fois qu’on agit comme si on était plus important que tout le monde (en voiture ou ailleurs hein), à chaque fois qu’on abuse du système, à chaque fois qu’on fait ce genre de merdes, non seulement on appauvrit tout le monde, mais bien pire : on use la confiance que les gens ont dans les autres, et de fait on contribue à détruire, à bas bruit, petit à petit, les fondements même de notre civilisation.

Et croyez moi…  vous ne voulez pas voir ça.

Apprenez à vos enfants à dire bonjour et merci.  Montrez leur à se bouger le cul pour avancer.  Montrez leur qu’on peut coopérer avec certaines personnes, et que certains autres non.  Montrez leur l’intérêt concret d’avoir des règles de vie communes.  Montrez leur à quoi ça sert…  et si vous ne le savez pas vous-mêmes, songez-y un peu ;)

DiasporaFacebookGoogle+TwitterEvernoteLinkedInPinterestTumblrStumbleUpon

2 pensées sur “Lettre ouverte à cette gentille dame qui a visiblement eu une mauvaise journée…”

Les commentaires sont fermés.