Modèle paléo : mise à jour !

Salut :)

De temps en temps je reçois des mails avec des questions vraiment intéressantes, et dont les réponses pourraient profiter à certains des chacals qui lisent ce blog.  Aujourd’hui je saute sur l’occasion, suite à une série de bonnes questions sur le paléo.  Mieux vaut tard que jamais.

C.C. me demande par mail :

En tant que sportif régulier, et dans la même démarche de « retour aux sources » qui m’a amener à tes stages de survie, je m’intéresse grandement au mode de nutrition paléo.

Quelques recherches sur internet (ton article et la mindmap sur ton blog, le blog « forme attitude » qui, outre sa finalité mercantile, reste une bonne source d’info) et autres magazines (Sport & Vie Hors Série N°37) m’ont conforté dans l’idée que ça pouvait me convenir…

Ainsi, j’ai commencé depuis 3 semaines, plus ou moins assidumment, à suivre ce mode de nutrition (on est 4 a la maison et je ne veux pas leur imposer de me suivre…).

Ton article dessus est encourageant, mais il commence à dater.

Du coup, avec le recul que tu as désormais, pourrais-tu me dire si ton point de vue à évolué à  ce sujet ?

D.M.: Avec plaisir.  Et oui, mon point de vue a légèrement évolué sur le sujet.  Et il s’est surtout affiné et précisé.

D’abord, quelques comptes à régler gentiment :

Pas mal de détracteurs du paléo s’attachent bêtement à l’inexactitude préhistorique du modèle, arguant que les chasseurs cueilleurs ne mangeaient pas exactement comme ça, ou même d’une seule manière, etc, etc.  L’inexactitude préhistorique est indéniable.  Alors oui, bravo, vous avez démasqué l’énorme imposture et la supercherie les gars.  Les hommes préhistoriques mangeaient surtout ce qu’ils pouvaient trouver, et jamais des carottes sucrées ou de la viande en grande quantité.  Vous êtes trop forts.

Ceci dit ça me fait quand même beaucoup penser au truc sur le sage qui montre la lune, et au blaireau qui regarde la saleté sous l’ongle du doigt.  Le fait est que le modèle paléo est surtout une métaphore pédagogique qui sert à modéliser un mode de vie plus en phase avec notre génôme et moins différent de son contexte d’évolution que notre mode de vie et que notre alimentation actuels, post-industriels.

En clair : le paléo c’est fini depuis un moment, mais on s’est éloignés de plus en plus vite de notre mode de vie originel depuis les 60 dernières années, avec notamment l’apport massif de sucres et de composants chimiques industriels / biotechnologiques.  Parallèlement à ça, nos heures de sommeil ont diminué énormément, et notre niveau de stress moyen atteint des sommets, sans que jamais ou puisse se défouler vraiment et agir pour s’en sortir.  Le modèle paléo sert donc à établir un point de comparaison un peu idéalisé, évidemment, mais qui a malgré tout le mérite de nous montrer les plus grosses conneries qu’on commet dans nos vies, et de commencer à se respecter davantage nous-mêmes.

Evidemment, je ne pourrai jamais manger de mammouth bien frais.  Mais je m’en remettrai…  et je m’en remettrai d’autant mieux que j’ai un mode de vie plus sain maintenant, avec plus de moments de calme, plus de moments « analogiques », moins de moments digitaux, et globalement un niveau de stress qui va en diminuant.  Et une activité physique qui est un peu plus proche de ce pour quoi mon corps est conçu, avec à la fois plus de très haute intensité, plus de variété, moins de trucs usants, et surtout plus jamais de trucs chiants…  et je me sens bien ;)

C.C.:- évolution de ton état de santé sur le moyen/long terme (carence en calcium ou pas, amélioration toujours aussi nette…)

D.M.: Ma santé est toujours au beau fixe après maintenant environs trois ans d’alimentation à 80% paléo.  Mon dernier bilan sanguin remonte à environs deux mois, et à part des plaquettes un peu basses j’ai une santé de bébé phoque tibétain.

Je ne respecte pas scrupuleusement le régime, mais je m’efforce en revanche de respecter le plus possible le mode de vie qui va autour, et il m’apparaît de plus en plus comme essentiel :

  • une vie plus simple, avec moins de dépenses inutiles et un temps de travail qui se rationalise peu à peu pour me laisser respirer, méditer, me balader avec le chien, et profiter de la vie…
  • plus de sommeil, avec moins d’écrans et de stimulations tôt le matin et tard le soir…  et le moins possible de réveil matin.  J’aménage mon emploi du temps pour pouvoir être cool le matin, bosser fort et bien pendant la journée (efficience, résultats, et non plus volume et frénésie de gros connard agité tournant au café pour tenir), et pour avoir du temps le soir.  Je lis, je fais du yoga, je bois du rooibos en regardant le soleil se coucher et en grattant mon chien derrière les oreilles.  Zen quoi.  Je me laisse le temps de souffler plutôt que de brasser du vent pour éviter la culpabilité de me reposer.  Et au final je suis bien plus efficace, en plus.  Alors pourquoi se priver.
  • globalement, philosophie du « moins mais mieux » appliquée à absolument tout, de l’achat de matos aux relations humaines, en passant par le sexe et le boulot.
  • une intransigeance assez grande pour tout ce qui touche au sucre dans mon alimentation : pour moi c’est vraiment lui l’ennemi numéro un, et j’en mange de plus en plus rarement.  Tellement rarement que je trouve les desserts et boissons sucrées proprement écoeurants, maintenant, et où je me tape de vraies gueules de bois et déshydratations horribles après, comme si j’avais trop picolé.  Le sucre, pour le coup, ça devient vraiment no-go pour moi.

Globalement après une phase où je suis descendu sous les 100kg (ça ne m’était pas arrivé depuis un moment) je me suis mis au crossfit et j’ai repris environs 20kg de viande…  Là je suis en mode « hiver » et stabilisé autour de 115kg, au printemps je devrais descendre à 105 ou 110kg.  Je me sens bien, je cours, je fais des tractions, je j’ai pas de soucis articulaires majeurs…  bref, mon corps est bien comme ça.  Je le laisse vivre.

C.C.: – si tu as fait évoluer le panel de tes aliments , vis à vis de ce qui est préconisé ?

D.M.: Oui, légèrement.  Au risque de casser le mythe je mange assez régulièrement au MacDo…  et je me tape des plâtrées de kébab, pizzas ou autres fast foods de merde assez régulièrement.  Je me prends moins la tête qu’avant avec le régime, et plutôt que de m’interdire quoi que ce soit, je me concentre activement sur le plaisir de bien manger la plupart du temps.  Et quand j’ai envie de me goinfrer je le fais sans remords, mais plutôt en pleine conscience de ce que je fais.  Et bizarrement je suis assez vite rassasié voire écoeuré, et les écarts s’espacent d’eux-mêmes.  Sans frustration.

Il m’arrive de plus en plus régulièrement d’inclure un peu de riz, de maïs, de quinoa ou de légumineuses dans mon alimentation sans le moindre effet secondaire néfaste.  Lentilles, haricots rouges, un peu de soja, pas de soucis pour moi.  Simplement si je mange un peu trop de féculents je reprends vite du poids et je me sens lourd, donc je limite spontanément à 80-100g par jour, un peu plus si je fais beaucoup de sport.  Je suis mes envies, quoi, tout en gardant les grands principes paléo généraux en tête.  Sans plus.

C.C.: – Penses-tu toujours que les produits laitiers sont à éviter ? Pour ma part, ma crainte d’être carencé en calcium/magnésium m’incite à prendre tous les midi un bout de fromage (moins de lactose).

D.M.: Dans la région où je passe le plus clair de mon temps (sud de la France), le sol est extrêmement calcaire, et donc l’eau est très dure.  Aussi je ne risque juste pas du tout les carences en calcium, et le gros apport de soleil que j’ai toujours (300 jours de soleil par an dans le Vaucluse) me permet de rester à jour de ma vitamine D en permanence.  D’autant que je passe pas mal de temps dehors.  Donc je ne m’inquiète pas outre mesure pour mes os.  Pour le magnésium, on en trouve dans pas mal de choses, donc le cacao…  et pour le coup je mange avec plaisir un peu de chocolat noir de temps en temps, et ça le fait très bien.

J’ai diminué le lait de vache sensiblement pour me tourner vers les fromages de chèvre / brebis.  Pas tellement par souci de santé que parce que j’ai plein d’éleveurs de brebis / chèvres autour de mon secteur de prédilection…

Bon après, je dis ça, j’ai mangé une raclette ce midi.  Jambon blanc, raclette, et quelques galettes de riz-sarrasin.  Me suis régalé :)

C.C.: – De fait, si j’ai bien compris, l’intérêt de cette façon de manger est surtout de supprimer tous les sources de sucres (lents ou rapides). Quel est l’intérêt de supprimer les produits laitiers ? La même question autrement formulée : qu’est-ce qui est préjudiciable à notre santé dans le fait de manger des produits laitiers ?

D.M.: Pour certaines personnes, les protéines issues du lait de vache semblent difficiles à assimiler et peuvent parait-il causer des inflammations.  Ceci dit, je pense qu’il faut déjà tester le lait de vache cru et bio, prélevé dans le respect de l’animal, avant de jeter le veau avec le sceau de lait…  il y a lait de vache et lait de vache.  Encore une fois, l’approche « moins mais mieux » fonctionne bien pour moi.

C.C.: – Avec le sens critique que tu démontres dans tes articles, j’imagine que tu te documentes sur tout cela. De fait, y a-t-il eu des articles ou des études que tu as vu et qui auraient pu remettre en question tes croyances en ce mode d’alimentation ?

D.M.: Plusieurs, oui.  Notamment quelques articles sur l’intolérance au gluten qui serait surtout un problème lié aux protéines altérées du blé issu des grands filières agro-industrielles, et l’approche « slow carbs » de Tim Ferriss qui inclut des légumineuses et des féculents « lents » avec beaucoup de succès aussi.  Clairement, je pense que pas mal d’aliments se trouvent dans une zone grise : ils sont plus ou moins bien tolérés selon les individus et surtout selon la qualité qu’on choisit.  A type d’aliment similaire, je remarque en ce qui me concerne que le local / bio / élevé avec amour est toujours moins mal toléré que son « équivalent » industriel / OGM / raffiné / augmenté / enrichi / transformé.

Pour moi les aliments « zone grise » sont les céréales anciennes, quinoa, maïs, et riz notamment, et même les variétés anciennes de blé, ainsi que les légumineuses.

Les aliments qui me font vraiment du mal sont avant tout les sucres autre que le fructose en petite quantité, les blés « modernes » transgéniques / raffinés, et généralement les produits issus de l’agriculture extensive soutenue à coups de produits de synthèse.  Non seulement c’est dégueu pour mon corps, mais je préfère de plus en plus jeûner à manger ces merdes tellement je trouve ça immonde et tellement je sens que c’est dénué de toute vie, de toute substance.

C.C.: Pour ma part, me nourrir comme cela me convient bien pour l’instant mais je ne me prends pas la tête quand j’ai envie d’un truc qui n’est pas préconisé…. surtout parce que je me méfies un peu de ces « modes » de régimes restrictifs. Après tout, Jeanne Calment disait qu’elle mangeait de tout, mais sans excès…. et c’était peut-être tout simplement LÀ qu’est le secret :-) !!!! Moins mais mieux comme tu dis souvent.

D.M.: Exactement… ;)  je pense que c’est ça le secret.  S’écouter, se respecter, et globalement être conscient et présent à ce qu’on mange…  si déjà on fait ça, je pense que globalement on gagne énormément en qualité de vie.

DiasporaFacebookGoogle+TwitterEvernoteLinkedInPinterestTumblrStumbleUpon